"Sois un homme, papa" de Janine Boissard
Editions Fayard, 308 pages, 2010
Quatrième de couverture
« Dans la vie, mon grand, il faut parfois savoir choisir. » Comment Jean-Rémi se relèvera-t-il de cette phrase meurtrière que son fils aîné lui jette à la figure ?
À force de concessions, a-t-il perdu l estime des siens ? Comment la reconquérir ? Choisir, pour lui, ce sera dire « non ».
Non aux diktats de sa femme, ambitieuse avocate internationale. Non à un travail qu il déteste. Non au mépris de Cédric et de Tom, ses garçons pour lesquels il ne fut jamais un modèle.
Cessant enfin de courir après une vie qui lui échappe, Jean-Rémi va renouer avec la passion de sa jeunesse pour l horticulture et prendre le temps d être lui-même. Ainsi regagnera-t-il le respect et l amour des autres. Et, pour l amour de ses enfants, Jean-Rémi est prêt à tout. Même à devenir un héros.
Je n'ai jamais lu Janine Boissard. Il aura fallu un Salon du Livre , particulier pour moi puisqu'il se passait à Vannes, le week end dernier, pour que je me lance dans l'aventure du" livre de vacances" par excellence..un livre sur l'amour et ses meurtrissures.
Janine Boissard en était la marraine....son histoire se passe en partie dans cette ville, aux pieds des remparts, à la pointe de Conleau où je marche souvent...une histoire de famille, donc...un couple qui se brise, comme tant d'autres...une femme qui "porte la culotte", qui décide, qui méprise l'homme...un homme qui, par amour, se renie et s'efface au point d'en oublier d'être un exemple pour ses fils...des fils à la dérive: Cédric, l'aîné, dix-sept ans, cherche son premier amour en Violaine, la voisine d'en dessous, la fille de terminale, qui l'initie à la drogue avant de le plaquer et l'humilier...Tom, le petit Tom, douze ans , qui parle trop et finit par gaver ses copains en disant n'importe quoi , trouve en Anne-Charlotte, "l'Ugly Charlotte"- moche comme six poux- lunettes et dents de travers- qui ne se pomponne pas comme les autres filles, une oreille bienveillante...
...et puis, il y a" l'Erreur" de la famille, la petite dernière, Coline et Debbie, sa nounou martiniquaise qui joue le rôle de la maman bien plus que la propre mère, plus proche de Jean Rémi que sa propre femme.
Jean Rémi-Jean Rêve est un bon père, qui adore ses enfants et en cela, Olivia, sa femme, ne doute pas un seul instant puisqu'elle les lui laisse en partie pendant qu'elle voyage . La phrase assassinne de son fils aîné sera le début d'une nouvelle ère, celle de ses retrouvailles avec lui-même, avec sa passion: l'horticulture qu'il n'aurait jamais dû abandonner pour un mirage...mais il n'aurait pas ses merveilleux enfants... alors, il retourne vers les siens, ses parents, ses amis d'enfance, Gwenaëlle-son premier amour, la ville qui l'a vu grandir: Vannes...pour qu'ils soient fiers de lui.
Derrière cette histoire de couple contemporaine, c'est une invitation à découvrir une ville, Vannes, ses magnifiques jardins, ses remparts, le golfe du Morbihan avec son île aux Moines, la nature qui est la mémoire discrète du temps qui passe, source d'apaisement.
Janine Boissard a choisi Vannes , l'an dernier, alors qu'elle dédicaçait ses livres au salon du livre précédent, sous ces mêmes remparts. Aidée de Patrick Mahé, président du Salon de Bretagne, et d'autres personnalité de la ville, elle a d'abord trouvé la maison des parents de Jean Rémi, à Conleau...petit bras de terre qui prolonge Vannes dans le golfe et où se trouve un hotel-restaurant qui abrite souvent les auteurs invités. On lui a parlé du lycée de Kerplouz qui enseigne l'horticulture à deux pas d'Auray. Elle s'y est rendue...le reste est né de son imagination...les jardins, les fleurs, le saule, l'île aux moines...il suffisait de regarder autour d'elle ...
Le saule des remparts.
Une petite foule entourait le vieux saule, au sommet duquel, autrefois, il surveillait son domaine, sa "tour de guet" d'où , bien avant Kerplouz, il avait pris conscience du passage du temps en regardant le ciel, se faisant la réflexion, avec un bonheur vertigineux, que l'arbre était le même depuis toujours, sur la tête d'hommes pareils qui, la nuit venue, partageaient de semblables frayeurs, échafaudaient des rêves identiques.
Au somment du mammouth, derrière la douce cascade de feuilles lancéolées, on distinguait un enfant...
Jean Rémi s'est élancé.
Il grimpait le long du tronc rugueux, choisissant soigneusement ses appuis, insensible aux appels angoissés qui fusaient d'en bas. Il s'élevait dans les odeurs de son enfance, brun écorce, tendre vert de la feuille, et l'odeur salée, là bas, de ce qu'on appelle le "grand large". Appelé, aspiré par une force qu'il ne pouvait contrôler, plus haut, toujours plus haut. Il avait treize ans, Gwenaëlle , neuf. Elle hurlait: "Descends, tu es fou, je te préviens, je ne ramasserai pas les morceaux."...
Il pouvait à présent distinguer les vagues colorées des toits de sa cité, à travers le feuillage qu'agitait un vent venu de la mer...
Bonne lecture !
