"Second roman" de Marcus Orths
Editions Liana Levi, 158 pages, 2010
"Martin Grue, anglais, allemand, dis-je en tendant la main à l'homme.
-Strudel, toussa-t-il, et il ajouta: "Agent-spécialement-préposé-aux-clés-de-l'école"
Ainsi commence l'histoire de Martin Grue qui arrive dans un nouveau lycée après avoir fui le précédent pour cause de "bouffonnerie". Martin Grue est professeur. Cette fois, il sera en sécurité...tellement qu'après être resté enfermé dans l'établissement toute une nuit...une nuit qui portera ses fruits...il jette l'éponge. Terminé l'enseignement!
J'étais à la gare de Francfort et je n'avais plus rien. Je me sentais libre et extraordinairement soulagé et j'étais content du caractère définitif de ma décision.
Crise existentielle ( de la trentaine, ai-je envie de dire). Absence de soi-même. Il dresse l'oreille vers l'extérieur pour mieux entendre à l'intérieur de lui-même...Finalement,dans cette gare, venue de l'extérieur, la réponse jaillit: il sera scribe, scribouillar, écrivain!
Un an plus tard, son premier roman, Histoires d'école, sort dans les librairies d'Heidelberg où il réside.
...j'étais déjà, comment dit-on? Heureux?...Bref: j'allais bien. Hé oui. Même si l'euphorie du départ pâlissait un peu.
Commencent alors les tournées de lecture bien arrosées et l'exigence d'un second roman. Emporté par son succès, quoique modeste, Martin Grue choisit d'écrire une satire sur ses expériences de la vie littéraire: Ecris machine .
Un cruel réglement de comptes. Impitoyable. Peur, lamentations, faux-semblant et mensonge, avais-je découvert , ne sont pas seulement les quatre piliers du système scolaire, mais aussi les piliers du commerce littéraire, pis encore, peur, lamentations, faux-semblant et mensonge sont les quatre piliers de 'tout" système social, et donc finalement de notre société "en général".
Son arrogance va lui coûter cher. Son agent est fou de rage. Martin le vire. Il envoie son manuscrit à son éditeur qui lui dit:
"Garde la tête haute.Le deuxième livre est toujours de la merde. Avec le troisième, ça s'arrange. Il te manque un sujet, mon gars. Le marché de la littérature n'en est pas un"
Donc, trouver un sujet qui ne fâche pas et qui se vende...et c'est la page blanche. Comment écrire? sur quoi? Le doute s'installe. Après l'enseignement, un deuxième échec se profile à l'horizon. Alors que d'autres ont eu du succès sous l'emprise de l'alcool ou la drogue, il décide de tenter une expérience innovante qui fera parler de lui....
- J'ai pensé que le texte n'est pas l'élément décisif, mais la façon dont il est fait. "Le premier roman écrit avec l'hémisphère gauche du cerveau!" ça va tout casser! ça doit tout casser! C'est quand même une idée folle, P! Tu dois qund même l'avouer!'
- L'idée: c'est bon. Le résultat: de la merde.
-On m'invitera dans tous les talk-shows avec ce roman! Quand ce genre d'écrivain est invité, on ne parle jamais du livre, jamais de la langue, la forme, la construction, etc... mais toujours uniquement de l'écrivain et de ce qu'il a vécu. Toujours uniquement de la vie, jamais de la littérature. Donc, on m'invitera moi aussi, Patron! Je livrerai mon expérience cérébrale!
Martin Grue m'a , plus d'une fois déconcertée, horripilée malgré sa drôlerie...j'avais beaucoup de mal à le suivre dans ses divagations. Il me faisait penser à un grand enfant perdu, s'extasiant trop vite, imbu de lui-même, totalement en dehors de la réalité...oui, j'ai souffert avec lui...j'avais presque envie de le quitter ; du coup, j'ai moyennement aimé.
Malgré l'étrangeté de la situation, j'avais préféré le premier livre de Markus Orths, Femme de chambre, paru en France l'an dernier...j'avais trouvé cette femme plus "humaine", l'histoire plus sensuelle...mais quelquepart, ces deux personnages sont sur un fil tendu...
Quelques billets: celui de Cuné qui l'a trouvé drôle, drôle, drôle; celui d'Amanda qui le qualifie de "bon petit roman gentiment satirique, savoureux et vivifiant"; celui de Cathulu qui en fait une "réjouissante farce".
