"No et moi " de Delphine de Vigan

Publié le par Du soleil sur la page

"Moi je m'en fous pas mal qu'il y ait plusieurs mondes et qu'il faille rester dans le sien. Je ne veux pas que mon monde soit un sous-ensemble A qui ne possède aucune intersections avec d'autres, que mon monde soit une patate étanche tracée sur une ardoise, un ensemble vide."

 

 

No et moi

Editions Livre de Poche, 248 pages, 2009

Première sortie; 2007

 

Un livre que j'ai dévoré.

 

No et moi, c'est la rencontre de deux jeunes filles que rien ne semble réunir. No, c'est Nolwen. Elle a dix-huit ans et est SDF. Lou, c'est Lou Bertignac, rien à voir avec le chanteur mais ça fait son petit effet, dit-elle, sauf chez No qu'elle croise pour la première fois dans la gare d'Austerlitz où elle aime venir observer les gens. Lou a treize ans,  elle est surdouée. Elle est en classe de seconde et , pour son professeur de SES, elle a choisi de réaliser un exposé sur les jeunes femmes qui vivent dans la rue.

 

-T'as une clope?

Elle (No) portait un pantalon kaki sale, un vieux blouson troué aux coudes, une écharpe Benetton comme celle que ma mère garde au fond de son placard, en souvenir de quand elle était jeune.

-Non, je ne fume pas. J'ai des chewing-gums à la menthe, si vous voulez.

Elle a fait la moue, puis m'a tendu la main, je lui ai donné le paquet, elle l'a fourré dans son sac.

 

...elle me regardait de haut en bas et de bas en haut, comme si elle cherchait un truc que je pourrais lui donner.

 

...je me suis retournée pour lui faire un signe de la main, elle est restée là, à me regarder partir, ça m'a fait de la peine parce qu'il suffisait de voir son regard, comme il était vide, pour savoir qu'elle n'avait personne pour l'attendre, pas de maison, pas d'ordinateur, et peut-être nulle part où aller.

 

...il m'avait semblé qu'elle connaissait vraiment la vie, ou plutôt qu'elle connaissait de la vie quelquechose qui faisait peur.

 

No accepte de répondre aux questions de la frêle lycéenne contre un verre d'alcool. Pour cela, les deux jeunes filles décident de se retrouver régulièrement dans un café de la gare. Elles finissent par se lier d'amitié  et se confier l'une l'autre leur courte histoire chargée de failles....et puis, Lou ne supporte plus de savoir No dans la rue et demande à ses parents de l'accueillir. Ce qu'ils font....No prend la place de Thaïs, la petite soeur de Lou brutalement disparue.

 

Dans la classe de Lou, il y a Lucas, deux ans de retard, des parents séparés et qui mènent leur nouvelle vie sans lui. L'appartement parisien dans lequel il vit est vide. Il sera le lieu de rencontre des trois adolescents. Chacun d'eux trouvent en l'autre ce qui lui manquent, un regard, une écoute, une chaleur humaine, l'envie de donner, de partager.

 

C'est un livre sur la solitude, le silence, le deuil, la dépression, le divorce,  l'exclusion, sur l'adolescence éprise de justice et le monde des adultes qui en connait trop ses limites.

 

J'ai envie de mettre ici quelques passages que j'ai soulignés au fil de ma lecture:

 

Plus jamais elle ne pose la main sur moi, plus jamais elle ne touche mes cheveux, ne caresse ma joue, plus jamais elle ne me prend par le cou ou par la taille, plus jamais elle ne me serre contre elle.

 

Nous nous sommes dirigées vers le café, No et moi, je lui ai dit qu'ils étaient sympas, ses copains, elle s'est arrêtée et m'a répondu : dehors, on n'a pas d'amis.

 

Je voudrais lui dire que moi j'ai besoin d'elle, que je n'arrive plus à lire, ni à dormir, qu'elle n'a pas le droit de me laisser comme ça, même si je sais que c'est le monde à l'envers, de toute façon le monde tourne à l'envers, il n'y a qu'à regarder autour de soi, je voudrais lui dire qu'elle me manque, même si c'est absurde, même si c'est elle qui manque de tout, de tout ce qu'il faut pour vivre, mais moi aussi je suis toute seule et je suis venue la chercher.

 

Il y a une autre question qui revient souvent, et comme à la première je réponds oui, elle veut savoir si je lui fais confiance, si j'ai confiance en elle.

Je ne peux m'empêcher de penser à cette phrase que j'ai lue quelque part, je ne sais plus où: celui qui s'assure sans cesse de ta confiance sera le premier à la trahir.

 

...je me souviens qu'un jour mon père m'a dit que c'est avec les gens qu'on aime le plus, en qui on a le plus confia

nce, qu'on peut se permettre d'être désagréable (parce qu'on sait que cela ne les empêchera pas de nous aimer)

 

-...toi aussi t'es dans ma vie. Tu vois bien que j'ai besoin de toi...et puis...tu fais partie de notre famille...

-Je suis pas de ta famille, Lou. C'est ça qu'il faut que tu comprennes, je serai jamais de ta famille.

 

Le problème est là. Jusqu'où peut-on aider les gens? Peut-on leur faire oublier ce qui les a détruits trop longtemps? Il n'y a que ce qui les a détruit qui peut les réparer, d'une certaine mesure...c'est la seule chose qu'ils attendent. Le regard posé sur leur détresse, l'attention apportée,  ne peut que les soulager...

 

Je croyais qu'aider quelqu'un ça voulait dire tout partager, même ce qu'on ne peut pas comprendre, même le plus sombre...La réalité reprend toujours le dessus et l'illusion s'éloigne sans qu'on s'en rende compte. la réalité a toujours le dernier mot....il ne faut pas rêver. Il ne faut pas espérer changer le monde car le monde est bien plus fort que nous.

 

Lou raisonne comme une adulte mais elle a l'innocence et la fraîcheur d'une adolescente. Elle nous bouscule avec intelligence et humour...et j'ai trouvé qu' elle avait un papa formidable!

 

Roman agréable à lire sans interruption.

 

L'avis de SYLIRE

 

  

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V
<br /> bouhhh, tu me poses une colle, ça fait un moment que je l'ai lu... plutôt que "utopique" qui est un peu fort, je dirais peu vraisemblable, ça oui...<br /> ;-)<br /> <br /> <br />
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V
<br /> mon avis est un peu plus mitigé. J'ai aimé, mais ai quand même trouvé quelques défauts au livre... Mais ça se lit très bien, c'est évident!<br /> <br /> <br />
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D
<br /> <br /> Bonjour Violette<br /> <br /> <br /> Le trouves-tu trop utopique?<br /> <br /> <br /> <br />
S
<br /> Une lecture qui m'a bien plue aussi. Il remue les adultes blasés que nous sommes...<br /> <br /> <br />
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D
<br /> <br /> Tout à fait... je trouve les parents de Lou trés ouverts, à la limite de l'irréel...comme un rêve d'enfant que l'auteure aimerait voir exister...accepter l'exclus, lui donner sa chance ce<br /> que les adultes ne sont plus prêts à offrir...parce que les choses sont ce qu'elle sont...<br /> <br /> <br /> J'ai ajouté ton lien. Bon dimanche, Sylire!<br /> <br /> <br /> <br />