"Le café Excelsior" de Philippe Claudel

Publié le par Du soleil sur la page


Editions LGF, 2006, 86 pages

En très peu de pages, Philippe Claudel sait  jouer avec nos émotions!

 "Le café Excelsior", c'est le café du grand père--pauvre-d'avoir trop bu , "l'abreuvoir des dieux à mobylettes", "un bistro étriqué ""avec de mauvaises chaises et quatre tables rongées ". C'est dans cet endroit coupé du temps où seuls se retrouvaient ceux qui voulaient oublier le reste, que vivait le petit orphelin-le narrateur.

C'est avec drôlerie et émotion qu'il raconte ses trois années passées aux côtés de ce vieux monsieur-pas-comme-les-autres-trop tôt touché par la vie: sa femme meurt à la naissance de leur enfant, il perd les parents de son petit fils de façon tragique. Seul compte alors son café et ce petit garçon . De très belles pages.

... des passages succulents...

"Grand père était pauvre de trop boire. Il aimait son métier qu'il pratiquait comme un art. Et comme pour tout art, même si l'artiste possède des dons insolents déposés au berceau par quelque fée prévoyante, il lui convient de les entretenir en se livrant à la plus austère des disciplines: Grand -père ne faillissait pas à cette règle et chaque jour faisait ses gammes dès le petit déjeuner; assis en face de lui, mes jambes ne touchaient pas le sol en planches, et je le regardais tremper ses tartines dans un bol de muscadet tandis que sur mes lèvres un café noir très fort dessinait les échancrures de petits nuages amers..."

"Un peu plus tard passaient les contremaîtres, un peu raides et souriant à peine; puis, plus tard encore, les ingénieurs, que Grand-père surnommait "Les constipés de l'âme, rigoureusement raides ceux-là, sans sourire aucun et qui se distinguaient des précédents par leurs chemises blanches, leurs cravates sévères et leur façon hautaine de poser le pied sur les trottoirs comme si chaque pas eût risqué de leur faire toucher la fange ou bien la merde de chien...."T'en fais pas, petit, eux aussi ils vont aux cabinets."me disait Grand-père, comme pour m'extraire de ma stupide contemplation et me consoler....."

"Grand père bouclait "L'Excelsior", descendait le rideau qui n'arrivait plus jusqu'au sol, et posait dessus un panneau offert par une marque de digestif "fermé pour cause de...". Jamais il n'écrivait la cause. "Mes gars s'en fichent, le drame pour eux, ce n'est pas la cause, c'est la fermeture."

"J'attendais Grand-père assis sur une chaise dans le hall. Il entrait dans un bureau pour y rester le temps d'un "roudoudou"....
"Qu'est-ce qu'il sent mauvais, le Monsieur" lui disais-je. "C'est parce qu'il fait un sale métier, il faut bien que ça traspire quelquepart!" me répondait Grand-père.

"Les femmes de l'Excelsior de la Grande Ville ressemblaient à des sujets de peinture. Derrière les citres, je les devinais peu vivantes. Vieilles pour la plupart, la farine emplissait les rides de leurs visages qui ressemblaient ainsi par endroits, entre les joues et le menton, aux fragments d'une mer boueuse en carton pâte, et crénelée d'écume artificielle. Fragiles, elles ne devaient leur maintien qu'au sertissage de leurs nombreux bijoux qui leur enserraient les doigts, la nuque, le cou et les poignets. Leurs yeux étaient deux fosses ternes bordées d'une rouge humidité. Elles donnaient à croquer de délicats gâteaux à de très petits chiens peignés comme des enfants, qui sortaient par instants des manches de leurs manteaux de fourrure...

Je serais bien tentée de vous en recopier d'autres mais ce serait vous gâcher le plaisir. Un trés beau moment de lecture donc que je vous recommande si ce n'est déjà fait...le relire ne peut manquer de renouveller le plaisir...car le livre date de quelques années.


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Philippe Claudel est né en 1962 à Dombasle-sur Meurthe. Il est agrégé de français.

En 2000 : Prix Marcel Pagnol et Prix France Télévisions pour Quelques-uns des cent regrets.

En 2003 : Bourse Goncourt de la Nouvelle pour Les Petites mécaniques

En 2003, il reçoit le Prix Renaudot pour "Les âmes grises" (sorti au cinéma).
En 2007, il reçoit le Prix Goncourt des lycéens pour "Le rapport Brodeck".
En 2008, il signe son premier film, très fort "Il y a longtemps que je t'aime". Il reçoit le César du Meilleur film!

Il est aussi l'auteur de "La petite fille de Monsieur Linh" en cours d'adaptation cinématographique.
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B
J'aime beaucoup ce livre. J'aime beaucoup cet auteur.
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D
<br /> Je le découvre peu à peu mais il me reste à lire ses premiers romans.<br /> <br /> <br />
S
C'est un livre qui m'a beaucoup touchée aussi, comme beaucoup de titres de Claudel!
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D
<br /> Je vais essayer de lire ses anciens.<br /> <br /> <br />
S
J'ai adoré ce livre. La plume de Philippe Claudel est merveilleuse.
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D
<br /> <br /> J'ai appris à le découvrir peu à peu car le film inspiré de son roman "Les âmes grises" ne m'invitait pas trop à le lire, à cette époque...et puis il y a eu "La petite fille de Monsieur<br /> Linh" et surtout son superbe film en tant que réalisateur "Il y a longtemps que je t'aime".<br /> <br /> <br /> <br />
F
J'ai reçu ce petit livre en cadeau lors d'un achat regroupé, il est donc quelque part dans ma PAL...Bises et bonne journée ! :-)
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D
<br /> Merci ,Florinette...ce livre est tout petit-petit...tellement petit qu'il est resté un bon moment dans ma PAL aussi!<br /> <br /> <br />
A
Cela commence à devenir un critère de qualité pour moi aussi ;o)). Serions-nous un peu traumatisées ?
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D
<br /> Juste un peu!!!!<br /> <br /> <br />