"Le remplaçant" d' Agnès Desarthe

Editions de L'Olivier, 2009, 87 pages
Elle voulait dresser le portrait du pédagogue polonais Janusz Korczak qui, pendant la guerre , dirigea plusieurs orphelinats et partit avec tous ses enfants, en déportation . Il mourut en 1942...comme le père de sa mère.
Finalement, Agnès Desarthe profite d'une vague ressemblance et de coïncidences historiques pour nous parler de son grand père...qui n'est pas son vrai grand père puisqu'il est mort à Auschwitz mais son grand père quand même, celui qui s'est installé avec sa grand mère après la guerre et qui a élevé sa mère et servi de remplaçant à toute la famille. Elle l'appelle Triple B, pour Bouz, Boris, Baruch.
Triple B était marié auparavant, sa femme est morte en déportation, ils n'ont pas eu d'enfants alors comme Korczak, il s'est occupé de ceux des autres...il ne s'est pas marié avec sa grand mère, ils ont juste vécu ensemble.
Triple B avait le bon goût de n'être pas à la hauteur du disparu; ni aussi beau, ni aussi intelligent, ni aussi poétique que le mort qu'il remplaçait. On avait perdu au change, et c'était bien ainsi, moins culpabilisant. La médiocrité du nouveau permettait d'honorer convenablement la mémoire de l'ancien....Leur union n'était pas fondée sur l'amour ou le désir, mais sur un sentiment plus doux, et peut être plus durable: l'amitié.
Triple B portait des marcels éculés et des polos en jersey de nylon...il agaçait ma grand mère, dégoûtait ma grand-tante et paraissait laisser ma mère indifférente. Il ne bénéficait pas de l'aura que procure le statut de conteur. C'était Papi Bouz et voilà, on pouvait lui crier dessus, le réprimander, lui dire:" Ferme donc la fort" sans qu'il prenne ombrage, sans créer de malaise. Il n'était, je le rappelle, rien de plus qu'un remplaçant.
Mais pour l'auteure, c'est son grand père et elle l'aime beaucoup...l'évidence est très vite apparue que c'est à lui qu'elle voulait rendre hommage...à cet homme sans enfant, à ce conteur sans histoire, regardé de haut, oublié, négligé, cet homme sans qualités, remarquable en rien, apte à pas grand chose sinon à survivre...et il va vivre très vieux! Elle nous invite à suivre son chemin qui choisit "un final flamboyant, un final de flambeur."...jusqu'au bout, il ne sera pas embêtant...
...sa dernière rencontre, sa dernière phrase, tendre et drôle, est digne d'un conteur...
Est ce que j'ai aimé? Je n'ai pas aimé ce que la famille pensait de cet homme qui était là , faisant office de père, puis de grand père, sans rien prétendre et je pense que c'est ce que l'auteur a voulu rétablir en parlant de lui...cette gentillesse spontanée...de vrai grand père...
L'avis de Sylire
et Clarabel